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“Mon deuxième doudou”

Florence Denieul

Nous avons eu envie de demander à chacun des membres de Libre comme Lire ou de nos associations partenaires de partager avec vous tous son rapport à la lecture. 

Aujourd’hui, Florence Denieul, membre active de Libre comme Lire, nous raconte comment la lecture l’accompagne depuis l’enfance.

Lorsque je pense à mon rapport à la lecture, je revois cette photo de moi petite fille, dans un fauteuil
vintage chez mes grands-parents. J’ai mon doudou dans une main, un livre de la bibliothèque rose
dans l’autre. La lecture est mon deuxième doudou.
Fille unique, je ne me suis jamais sentie seule. Je ne me suis jamais ennuyée. J’avais à ma portée,
dans les livres, une infinité de compagnons et d’activités.

Aujourd’hui, la lecture reste un rituel. Il me faut quelques chapitres avant de m’endormir. J’ai long-
temps hésité mais j’ai finalement sauté le pas : j’ai une liseuse électronique depuis un an. C’est
beaucoup plus confortable pour mes yeux qui vieillissent. Et pour mon dos aussi, quand je pars en
vacances. Car vous vous en doutez, un seul bouquin était loin d’être suffisant pour deux semaines. Mais
je garde un attachement particulier pour le livre papier et pour la découverte en librairie des pépites
sélectionnées par des vendeurs passionnés. Alors je mixe !

Pour terminer, je vais vous faire une confidence dont je ne suis pas très fière : j’oublie très vite les
détails des histoires que je lis. Ne me demandez pas de vous faire un résumé d’un bouquin quelques
semaines après que je l’aie terminé ! Mais chaque livre que j’ai lu et aimé a laissé en moi un senti-
ment fort. Je peux vous parler de la flamboyance du style de Salammbô, de la fougue d’Anna Karé-
nine
, de la force du Hussard sur le toit… Et de tous ces ouvrages qui ne sont pas des classiques mais
qui m’ont tellement fait voyager, rire, pleurer…

En savoir un peu plus sur Florence.
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Libre comme Lire, membre de l’Alliance pour la lecture, lauréate du label Lecture, Grande Cause Nationale 2022

Libre comme Lire est membre de L’Alliance pour la lecture, un collectif de 70 associations, organismes, fédérations qui se sont mobilisés et coordonnés pour candidater et obtenir, ensemble, le Label Grande cause nationale attribué par le Premier ministre.

C’est à la fois une fierté, une évidence, et un espoir.

Le manifeste de l’Alliance pour la lecture

La lecture est un sésame. Elle s’offre et s’impose au quotidien. Elle apprend, informe, transmet, oriente, invite à l’imaginaire, permet l’esprit critique, bouscule, interroge, se partage… Elle est la bulle qui abrite, répare, nourrit. Elle est le vent qui emmène plus loin. Elle éclaire les horizons. À tout âge, elle fait grandir.

La lecture relie. À soi, aux autres et au monde, à ses histoires passées, présentes et à venir. Elle permet de se projeter, de choisir sa route, d’envisager demain, de faire société ensemble. Elle crée des interstices pour se glisser hors des destins établis et offrir à chacune et chacun la possibilité d’agir.

La lecture est un plaisir riche d’émotions. Elle joue un rôle de premier plan dans le rapport à la langue, aux langues. Elle est un effort heureux qui apporte la nuance, le complexe et le symbolique.

La lecture est présente partout et tout le temps, sous les formats et sur les supports les plus variés. La posséder est nécessaire pour se construire, être libre, autonome. Si elle est une compétence qui s’acquiert, elle constitue également un droit essentiel au sens où il ouvre à tous les autres.

Ne pas y avoir accès relève d’une atteinte à l’ensemble des droits les plus fondamentaux. Une injustice d’autant plus brutale qu’elle est invisible et se niche parfois là où on ne l’attend pas. À bas bruit, c’est une forme de violence ordinaire qui fragmente la société, fragilise les destins individuels comme notre destin commun…

La lecture crée des liens, les liens sociaux indispensables à une société plus harmonieuse, plus ouverte, plus libre.

Pour en savoir plus

Découvrez les membres de l’Alliance pour la lecture et les actions prévues.
(Re)découvrez les associations partenaires de Libre comme Lire qui sont également membres de l’Alliance pour la lecture : Coup de PouceLire et faire lireMots et MerveillesSignes de Sens
(Re)découvrez Libre comme Lire

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Avec LA CLÉ, la lecture ouvre les portes de l’insertion sociale.

Une nouvelle association a rejoint Libre comme Lire ! LA CLÉ offre à 600 personnes, enfants, jeunes et adultes, françaises et étrangères,  une formation individuelle et gratuite aux savoirs de base dont dépendent leur intégration et leur insertion sociale : parler français, le lire, l’écrire, réussir sa scolarité.  Libre comme Lire vous propose de découvrir cette association foisonnante, et de soutenir cinq de ses projets.

Une activité foisonnante

Aller au siège de LA CLÉ, à Lille, c’est comme entrer dans une ruche : ça déborde d’activité, et c’est soumis à une organisation efficace ! Chaque espace est occupé. Sur la droite, les bureaux des salariés, dans la pièce du fond, les bibliothèques, à gauche une grande salle pour les ateliers collectifs, et aux étages, différentes petites pièces pour les cours particuliers. Pour vous orienter, des plannings, des panneaux indicateurs, et le sourire de la personne de l’accueil. Partout, des livres : des manuels scolaires, des méthodes d’apprentissage du français, des albums… Et puis, comme ça ne suffit pas, LA CLÉ accueille aussi ses bénéficiaires dans d’autres locaux, à Roubaix, à Tourcoing…
C’est qu’il en faut des espaces pour accueillir 600 apprenants, et presque autant de bénévoles ! C’est qu’il en faut de l’organisation pour proposer à chacun un accompagnement sur mesure, passant par des cours individuels et des ateliers collectifs !

Regardons-y d’un peu plus près : ici, un collégien, adressé à l’association par son collège, revient sur sa leçon d’histoire avec le bénévole qu’il retrouve chaque semaine ; là, des mamans expérimentent le plaisir et l’intérêt de lire à leurs tout-petits, accompagnées par une bénévole formée à Lis avec Moi ; là, un groupe d’adultes allophones découvre les épreuves qui les attendront, dans quelques mois, lorsqu’ils passeront le diplôme qui témoignera de leurs premiers degrés de maitrise de la langue française ; en coulisses, une formatrice enrichit le site internet de ressources à destination des bénévoles-formateurs…

De belles histoires

Depuis trente-six qu’existe LA CLÉ, l’organisation est bien huilée. Pour autant, tout est souple, et, de cours individuel en atelier collectif, de séances de lectures en passation d’examens, ce sont des parcours toujours singuliers que tracent les personnes accompagnées par l’association, grâce à une attention particulière à chacun. Des histoires chaque fois différentes, que chaque personne écrit elle-même, mais pas toute seule. Des histoires où l’on retrouve beaucoup de pauvreté, d’isolement ou de sentiment d’incompétence, mais aussi de volonté, de solidarité, et d’obstination. Des histoires de conquête, de défis, de revanche. Des histoires qui commencent presque toujours mal et finissent presque toujours bien.

Une association exemplaire

Rien d’extrêmement original dans tout cela ? Finalement, on retrouve là pas mal de choses que l’on pourrait dire aussi à propos d’autres associations de prévention de l’illettrisme ou de lutte contre l’analphabétisme ? Sans doute ! C’est peut-être ce que cette présentation de LA CLÉ a voulu montrer : un fonctionnement exemplaire. Une bonne illustration de ce qui peut produire des réussites partagées. Avec des ingrédients essentiels : des accompagnements individuels mais aussi la possibilité de s’appuyer sur des groupes, le partenariat noué avec les autres institutions qui accueillent les bénéficiaires, le soutien à la parentalité, l’accueil inconditionnel, la formation des bénévoles, le dialogue entre associations, et, au centre de toutes les activités : le livre et la lecture.

Des ingrédients qu’on espère retrouver, encore et encore, dans plein d’associations, partout en France. Parce que les besoins sont immenses d’accueillir, d’accompagner, d’aider à s’insérer et vivre pleinement. Nous avons tous à y gagner.

Découvrir LA CLÉ sur Libre comme Lire
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Avec la Bibliothèque sensorielle, les jeunes porteurs de handicap assurent !

L’année commence bien pour Libre comme Lire qui accueille une nouvelle association, Les Papillons Blancs de Lille, pour leur projet renversant imaginé, porté et assumé par des jeunes présentant une déficience intellectuelle eux-mêmes.

On vous explique de quoi il s’agit et pourquoi ça nous plait tant !

Un projet renversant

Ils sont atteints de déficience intellectuelle, leur diction est parfois difficile, la mémorisation plus laborieuse, l’accès au livre plus complexe et leur différence n’est pas toujours bien acceptée. Et alors ? Et alors ils ont décidé, ensemble, eux-mêmes, d’aller à la rencontre d’enfants de 3 à 10 ans et d’animer pour eux des heures du conte en piochant dans leur bibliothèque sensorielle ! Textes et illustrations de ces albums joyeux et curieux sollicitent les cinq sens, pour des aventures sensibles, et pleines d’émotions.
Il en faut du temps, de la patience, de l’énergie et de l’obstination pour apprendre, s’entrainer, buter, reprendre, lever les obstacles ! Mais tout le monde en sort grandi : les jeunes handicapés devenus passeurs de lecture, les enfants embarqués sans préjugés dans les aventures des albums, les bénévoles qui accompagnent le projet, et tous ceux qui assistent à la performance et peut-être modifient leur regard sur le handicap.

Une démarche audacieuse et efficace

Ce qui nous plait tant, à Libre comme Lire, c’est le renversement qu’opère un tel projet. Le “public fragile”, le “public empêché”, ou “éloigné” de la lecture que constituent les jeunes porteurs de handicap se place, dans une situation de défi, en position d’expert de la lecture auprès d’un public inconnu. C’est un pari, une prise de risque considérable. Car le public des jeunes enfants est très exigeant et a tôt fait de vous faire sentir que vous n’êtes pas à la hauteur. Alors, si on se lance, il faut être prêt. Et plutôt deux fois qu’une. Ce qui nécessite apprentissage et donne sens aux entrainements innombrables.

Cette démarche qui consiste à placer un apprenant en difficulté en situation d’expert-transmetteur justement de ce qu’il maitrise mal au départ, ou qui lui fait peur, est d’une redoutable efficacité. Elle permet de véritables victoires qui rendent d’autant plus fier qu’elles ont été arrachées au prix d’un travail conséquent. De sorte, que de telles aventures augmentent considérablement la confiance en soi et le sentiment de compétences des apprenants… qui n’hésiteront pas à se confronter à des nouveaux défis ! C’est un cercle vertueux qui s’enclenche.

À Libre comme Lire, on aime beaucoup, beaucoup cette façon de faire.
Et d’ailleurs, c’est la même démarche qui est à l’oeuvre lorsque les apprenants de Mots et Merveilles imaginent puis tiennent les stands de leur Ducasse de Mots, ou lorsque des collégiens en grande difficulté de lecture lisent des albums à des enfants de maternelle, avec la complicité de Lis avec Moi, ou lorsque des enfants tsiganes déscolarisés sont amenés à produire leur propre album à la manière de C. Voltz, grâce à l’ASET, pour ne citer que quelques exemples.

Cette démarche se caractérise par une confiance absolue dans les capacités de chacun à progresser pour peu qu’il soit bien accompagné, et dans la volonté de chacun de se démener pour y arriver pourvu qu’il puisse être fier des résultats de son propre travail. Elle repose aussi sur l’idée qu’il n’y a pas de défi qui ne puisse être relevé avec une bonne dose de confiance et d’intelligence collective.

Libre comme Lire n’existerait pas sans ces convictions-là. Merci aux Papillons Blancs de nous permettre d’en donner une nouvelle illustration en ce début d’année nouvelle et pleine d’espoir.

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Faire intervenir une lectrice professionnelle au collège !? Décidément les profs… Toujours occupés à ne rien faire …

Mais pourquoi donc faire intervenir une lectrice au collège quand on est prof de lettres ? Il ne sait pas lire, le prof ? La lecture à voix haute ne fait plus partie des programmes ? Et quand la lectrice lit, il se la coule douce, le prof ? À quoi ça sert, un lecteur à l’école ? Écoutons ce qu’en dit Alexia Oliver.
“Je suis professeure de lettres modernes dans un collège classé en Réseau d’Éducation Prioritaire Renforcée. Depuis 15 ans, j’invite une lectrice de l’association “Lis avec Moi” à lire des albums à des élèves, qui sont tous, à des degrés divers et pour des raisons particulières, fâchés avec la lecture. 
Et je voudrais montrer ici que l’intervention d’une lectrice professionnelle apporte au professeur et aux élèves qui en bénéficient un très bon moment de détente, oui, et tellement d’autres choses encore.

Il n’y a rien de gratuit à l’école…

C’est un fait bien connu des élèves, il n’y a rien de gratuit à l’école. Les profs ont toujours quelque chose en tête quand ils proposent une activité, surtout quand elle a l’air particulièrement stimulante… Et même la lecture, dont ils n’arrêtent pas de dire qu’elle est un plaisir, est toujours un prétexte pour apprendre. 

C’est vrai. Quand je fais lire une œuvre à mes élèves, elle s’inscrit toujours dans le cadre des programmes : on lit Homère pour acquérir une culture des grands textes patrimoniaux, on lit Baudelaire pour apprendre à repérer les figures de style, on lit Maupassant pour comprendre le choix des temps : imparfait ou passé simple… Horreur ! 

Mais je grossis le trait. C’est vrai qu’on lit aussi les grands textes canoniques pour leur beauté, pour aiguiller le regard des élèves vers ce qui fait le sel de la littérature, vers leurs qualités esthétiques. Le prof a un rôle de passeur : il ouvre la voie vers toutes sortes de mondes possibles, vers l’Ailleurs, vers l’Autre…

Bon, c’est vrai aussi que même dans les (rares) moments où l’on touche au sublime en classe – j’imagine certains collègues  pouffer en lisant ceci – une multitude de préoccupations techniques viennent parasiter le cerveau du prof de lettres : n’oublier personne, même pas la petite souris qui passe tout son temps de classe à essayer de se faire oublier, vérifier l’heure, garder dans un coin de sa tête l’information que la CPE a demandé de passer à la fin du cours, observer la réaction du petit clown de la classe, dont on a bien perçu les stratégies d’évitement, examiner la prise de note de Machin, étudier l’attitude de Bidule…

Dans la boite noire du prof : lire à voix haute en classe

Parce qu’enseigner, c’est une tambouille assez subtile, un exercice d’équilibriste permanent où une multitude de prises d’informations doivent entrer en résonnance avec une multitude de connaissances didactiques. Entrons quelques instants dans la boite noire du prof et décrivons ce qu’il se passe dans sa tête quand il lit un texte à voix haute à ses élèves.

Le plus souvent, il a demandé aux élèves de lire le texte en amont, mais pour être sûr que le sens soit partagé par tous, que les petits lecteurs accèdent aussi au message, et au plaisir, il oralise ensuite la lecture. Avant de lire, il parle du contexte, il présente l’auteur, il fait des liens avec les textes déjà connus, ou avec les notions qui sont en jeu dans le texte.

Et comme il sait que certains élèves ne se projettent pas encore dans la lecture, il va focaliser l’attention sur un aspect, faire imaginer ce qui va être lu, jouer avec des attentes qu’il aura créées. Il prépare les élèves à entendre et comprendre le texte.

Puis il lit. Pendant la lecture, il va particulièrement soigner les passages où il a repéré des nœuds de compréhension, il va mettre en scène les moments qui vont l’intéresser pour la suite, pour l’étude du texte. Et à la fin de la lecture, il va vérifier que son petit manège a fonctionné : demander aux élèves de raconter le texte, confronter les interprétations, poser des questions, proposer des activités pour faire émerger les fameuses notions qu’il doit enseigner. C’est passionnant à faire. Mais la lecture ici est toujours un peu instrumentalisée, elle sert à quelque chose.

Une lectrice dans la classe, pour quoi faire !?

Alors quand une lectrice professionnelle – “ah bon madame, c’est un métier lectrice ?” – arrive dans la classe les bras chargés d’albums, pour offrir des lectures aux élèves, le prof reçoit aussi le cadeau avec bonheur. 

Dans ma classe, Anne-Sophie, de l’association “Lis avec Moi”, vient lire des albums (des livres de jeunesse où texte et image dialoguent) tous les 15 jours : à chaque séance, elle offre quelques lectures à voix haute avant de proposer aux élèves de choisir des livres qu’ils vont s’entrainer à lire avant d’aller à la rencontre des élèves de maternelle. Elle les forme à la lecture à voix haute, pour qu’ils deviennent à leur tour passeurs. C’est évidemment un moment que les élèves adorent, mais ce sont aussi des moments précieux pour la professionnelle que je suis. 

Avant que je connaisse l’association, mes élèves, qui sont un peu particuliers en ce qu’ils sont tous, à des degrés divers et pour des raisons particulières, fâchés avec la lecture, allaient lire en maternelle et fréquentaient la médiathèque. Autant d’étapes indispensables afin de leur faire comprendre à quoi sert la lecture et afin de favoriser un lien durable avec les livres.

Mais c’est avec l’intervention d’une lectrice de “Lis avec moi” que ces partenariats extérieurs ont trouvé leur cohérence. La lecture s’est trouvée incarnée dans la personnalité d’Anne-Sophie qui a ainsi fait le lien entre la lecture-travail de la classe, la lecture-transmission de la maternelle et la lecture-plaisir de la médiathèque. La fréquence enfin de ces rencontres ritualisées a permis d’élaborer au fil des mois une complicité entre elle, les élèves et les livres, complicité que je suis invitée à observer. Sans elle, il manque un lien, un liant pour que les élèves s’approprient ces différentes fonctions de la lecture. Et ce ne peut être moi. Moi, toute lectrice que je suis, j’incarne l’école, l’institution scolaire, je suis la maitresse – comme les jeunes collégiens continuent de m’appeler. Anne-Sophie, c’est autre chose. C’est celle qui n’est pas dans l’école, mais qui vient nous rendre visite pour donner du sens à cet apprentissage, sans attendu scolaire, sans évaluation, sans pression.  

De vrais moments de plaisir

Quand Anne-Sophie arrive pour deux heures de lecture, toute la classe est chamboulée : les tables sont repoussées contre les murs, les chaises sont placées en arc de cercle autour des albums posés au sol, prêts à être choisis pour un moment de lecture offerte.

Anne-Sophie se tient debout, devant nous, et nous lit les albums que les élèves se disputent.  Le plaisir pur de la lecture ! Le voilà enfin, dégagé de toute contrainte et partagé, adultes et enfants tous en même temps. J’y découvre en même temps que mes élèves des nouveautés que je vais m’empresser d’aller acheter ensuite pour les partager avec mes enfants, pour les faire relire aux élèves. J’y découvre aussi des interprétations des textes que je connais déjà, mais que je ne lis pas de la même façon. Les albums s’y déploient dans toute leur complexité. Ce sont des moments de surprise où les choix faits par la lectrice dialoguent avec les miens, et avec les réactions des élèves. Après ça, plus moyen de dire qu’ils n’aiment pas la lecture, plus moyen de bouder son plaisir. Tout le monde est embarqué !

Le moment que je préfère alors, c’est quand le trublion de la classe, celui qui nous cause du souci, à nous les profs, dont on dit qu’il est vraiment loin des exigences de l’école, celui qui cherche en permanence le regard des suiveurs, se lève de sa chaise, et vient tranquillement se poser à genou devant Anne-Sophie qui lit. Il oublie le regard des autres, il oublie sa posture de caïd, il oublie tout et redevient le petit enfant submergé par le plaisir de l’histoire. 

Quand un adulte du collège ouvre la porte de la classe dans ces moments-là, il faut voir son regard éberlué ! Si c’est le moment que je préfère, c’est parce que c’est celui où je peux enfin me décentrer d’un regard strictement pédagogique et envisager les enfants dans leur globalité, non plus seulement comme des élèves : écouter les émotions, les plaisirs, les interrogations. Ce sont des moments rares.

Je ne suis plus alors la cheffe d’orchestre qui maitrise le déroulé de la séance, je deviens accompagnatrice, observatrice, je laisse arriver l’imprévu, la surprise. Et du coup, elles arrivent les surprises : c’est le moment où la petite souris de la classe ose enfin prendre la parole, d’abord pour demander un titre d’album à lire, puis pour lire devant les autres ; c’est le moment où les langues se délient et où, le plaisir appelant le plaisir, les anecdotes fusent, sur les moments de lecture à la maison, sur l’école primaire, sur ce que savent faire les élèves…

Pendant les temps de classe, les élèves sont très souvent en position de non-maitrise. Ils sont là pour apprendre, c’est normal. Mes élèves, un peu plus que les autres : ils vivent souvent douloureusement depuis des années leur écart avec la norme de l’école. Avec Anne-Sophie, les expériences racontées sont légitimes, la parole se libère, et on assiste assez souvent à des éclosions, à des métamorphoses. Et pas seulement Anne-Sophie et moi. Les parents rencontrés à la fin du premier trimestre évoquent avec bonheur la transformation de leur enfant, le plaisir à venir à l’école, la motivation, la disparition du stress pour certains. Les collègues constatent les changements de posture en classe, la participation qui augmente, les copies plus fournies. Quels cadeaux !

Mais puisque je ne fais pas le métier d’une autre… J’apprends et puis j’enseigne.

On ne se refait pas. Je me dois d’avouer qu’accueillir une lectrice dans ma classe, c’est quand même un moment de formation. Depuis 15 ans, j’ai beaucoup appris : à mettre en scène ma lecture, à travailler ma voix, à varier le rythme, le ton, à adapter ma posture, mon regard… J’ai appris à me lâcher : à jouer le texte plutôt qu’à l’oraliser, à m’engager physiquement dans la lecture.

J’ai appris aussi à enseigner la lecture à voix haute aux élèves, j’ai utilisé sans vergogne les activités proposées par les lectrices pour mes propres cours. “Ah Madame, vous faites du théâtre ?” Eh non, je me forme depuis des années au contact de professionnelles de la lecture. 

Du coup, quand une lectrice arrive dans ma classe, elle lit, j’écoute, et nous donnons ensemble aux élèves, en complicité et en complémentarité, accès à la lecture.”

(re)découvrir l’association Lis avec Moi
Financer des séances de lecture au collège
(re)lire la présentation d’ Alexia Oliver

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La sentence prononcée par le juge Timothy Johnson, qui a condamné un néonazi à lire les classiques de la littérature, est-elle complètement loufoque ?

Photographie de Spaarnestad Photo/redux

On vous racontait cette drôle d’histoire en novembre dernier. Aujourd’hui, on vous propose, au-delà de l’anecdote, une réflexion sur ce qui a pu sous-tendre la décision du juge anglais.

Où l’on verra que l’idée de développer des “émotions démocratiques” par la littérature et les arts n’est pas tout à fait neuve. Et mérite d’être soutenue.

Trouver des amis dans les livres

“Vous êtes un individu solitaire avec peu, ou pas vraiment d’amis” a expliqué le juge au jeune homme de 21 ans féru de lectures néonazies, et lui même propagateur d’idées suprémacistes.
Est-ce à dire que la vertu première de la littérature serait de nous fournir des amis ? En partie ! C’est en tout cas ce que souligne l’anthropologue de la lecture, Michèle Petit1, qui a recueilli, partout dans le monde, de nombreux témoignages de lecteurs qui parlent des livres comme d’amis, de cabanes, de refuges, et même d’une famillea.

Donner une forme lisible à nos propres émotions

Ce dont témoignent les lecteurs qui se livrent à Michèle Petit, c’est de la rencontre d’eux-mêmes dans les livres. Cette sensation que tout à coup, ce qui est écrit là parle de moi, que c’est exactement ça, ce qui est dit là, exactement ce que je ressens moi, sans que jamais j’ai su le formuler aussi clairement. Et cela fait l’effet d’une révélation. Tout devient limpide. Parfois cela suffit : parce que maintenant c’est clair, alors ça va. Et y voir plus clair m’apaise.

Trouver des guides

Mais le livre se contente rarement de tendre un miroir à son lecteur : par la narration qu’il déploie, il propose une résolution possible. Il nous dit : cette émotion-là, cette situation-là, ce dilemme-là, cette souffrance-là, voilà comment elle peut être vécue. Voilà comment tel personnage l’a vécue. Lisez une autre œuvre littéraire, et vous y découvrirez une autre résolution possible de la même situation, une autre façon de dénouer le même genre de nœuds, une autre façon d’exulter de joie. Rien de prescriptif, donc, dans une œuvre littéraire. Juste un témoignage. Qui peut aider à trouver une voie de sortie.
En cela les livres de littérature peuvent être des guides : pour nous aider à lire ce que notre passé et notre présent nous ont présenté, mais aussi nous préparer à reconnaitre ce que notre futur nous réserve.

Vivre des expériences innombrables

Car la littérature nous propose aussi de vivre des tas d’expériences insolites. En suivant le protagoniste, moi la petite prof de français du Nord de la France, me voilà homme avec lui, marchand du XIIè siècle parcourant la route de la Soie et empêtré dans un héritage difficile. J’ouvre un autre roman et je change, à l’infini, d’âge, de sexe, de classe sociale, de métier, de couleur de peau, de préférence sexuelle, d’option spirituelle, de convictions politiques, de situation familiale, que sais-je encore. Et cela décliné à toutes les époques, en tous lieux. Mes métamorphoses sont multiples, mes expériences infinies. Et si le processus d’identification ne fonctionne pas à plein, que je ne me sens pas lui, ou elle, le personnage, à tout le moins j’aurais été placée auprès de son cœur, de son âme, dans son corps souffrant ou jubilant. En effet, le contrat de lecture est ainsi fait qu’il nous oblige à suivre les chemins que trace pour nous l’auteur, et il nous arrive ainsi d’entrer dans des vies, dans des préoccupations, dans des émotions que parfois nous ne soupçonnions même pas. Si la littérature nous offre des amis, c’est aussi qu’elle nous fait rencontrer toutes sortes de personnages. Des personnages proches parfois des personnes que nous côtoyons, mais parfois très éloignés aussi. Et s’ils ne deviennent pas tous nos amis, au moins nous auront-ils été sympathiques, au sens étymologique du terme : nous aurons souffert, ressenti tout comme eux.

“Connaitre l’Autre de l’intérieur” et développer son empathie

C’est cela, peut-être, qu’avait en tête le juge Johnson, en proposant à un jeune néonazi de lire la littérature. Cette conviction qu’après avoir vécu ces expériences littéraires, après avoir expérimenté ces vies multiples, après avoir souffert, ou aimé, ou douté, avec tous ces personnages, il ne serait plus possible de rejeter absolument l’Autre. Parce qu’il n’y aurait plus d’Autre. Parce que ces catégories abstraites qui cristallisent les haines tombent d’elles-mêmes quand vient s’y superposer tel ou tel personnage dont on a partagé l’intimité, le visage de tel ou tel personnage. Ce visage qui nous oblige, comme nous l’a appris Levinas. Il n’y a plus d’Étranger quand on peut reconnaitre en chacun un semblable qu’on a côtoyé, quand on a eu l’opportunité, grâce à la littérature, de “connaitre l’Autre de l’intérieur”1

Développer une éthique

Notons le bien : le juge de Leicester n’a pas condamné son jeune prévenu à lire UN livre, il l’a incité à fréquenter de nombreuses œuvres littéraires. Il faut insister sur ce point. La fréquentation assidue d’œuvres littéraires riches et nombreuses ne nous fournit pas de morale, pas de solution toute faite ou de pensée prédigérée. Elle nous invite à multiplier les réflexions, à réinterroger sans cesse une réponse reçue par une question nouvelle, à constater que nous autres, frères humains, sommes “fils et filles des mêmes questions”2, et que les réponses sont multiples, et que c’est, à chaque situation, à chacun d’entre nous d’inventer celle qui conviendra, au plus juste. Bref la fréquentation de la littérature nous permet de développer une éthique.
C’est sans doute le sens de la condamnation à lire la littérature proposée par le juge : une invitation à l’interrogation sans cesse renouvelée, s’appuyant sur la connaissance multiple des émotions, des ressentis, des modes d’être et de penser de l’Homme, acquise auprès des personnages, une invitation à la nuance, à la suspension du jugement hâtif, des réflexes préconditionnés, du pré-pensé.

Éduquer avec la littérature et les arts pour développer les émotions démocratiques

La réponse du juge britannique Johnson à la dérive néonazie du jeune Ben rejoint la réponse que propose le pédagogue Philippe Meirieu2 après les attentats de 2015 en France, et qu’il développe dans son livre, Éduquer après les attentats :

“Les récits littéraires et l’expérience artistique constituent les moyens privilégiés de l’apprentissage de l’empathie.
À travers eux, l’enfant et l’adolescent découvrent que les autres sont fondamentalement nos semblables, dans leurs inquiétudes et leurs angoisses, dans leurs peurs et leurs espoirs. Ils comprennent aussi ce qu’est la souffrance infligée à l’autre et en quoi ils peuvent, eux aussi, la ressentir.”

P. Meirieu reprend lui-même une proposition de la philosophe américaine Martha Nussbaum3, qui consiste à développer “l’imagination narrative”. « J’entends par là, explique-t-elle, la capacité à imaginer l’effet que cela fait d’être à la place de l’autre, à interpréter intelligemment l’histoire de cette personne, à comprendre les émotions, les souhaits et les désirs qu’elle peut avoir. ». C’est ainsi que la littérature peut contribuer, comme l’a bien compris le juge Johnson, à développer ce que la philosophe appelle “les émotions démocratiques”.

Permettre à tous d’accéder à la lecture et à la littérature : un enjeu de société à rappeler toujours

Depuis longtemps, partout en France, des associations œuvrent pour que tous aient accès à ce trésor qu’est la lecture, trésor pour eux-mêmes et pour notre société toute entière. Et elles ne se contentent par de mettre à disposition des livres, non, elles accompagnent, avec tact, l’appropriation, la com-préhension (l’art de prendre avec soi, pour soi), par des actions de médiation délicates. Nous souhaitons ardemment les soutenir, à Libre comme Lire.

Parce que l’idée que certains doivent attendre d’être présentés devant un juge exceptionnel pour rencontrer la littérature nous est insupportable.

a. Michèle Petit, p. 49 : “Vassilis Alexakis raconte ainsi : “Maintenant que mes parents et mon frère sont morts, ma famille, ce sont les personnages de la littérature de mon enfance.”

à commander chez votre libraire préféré :
1- Lire le monde – expériences de transmission culturelle aujourd’hui, Michèle Petit, Belin, 2014 (les extraits cités se trouvent p.49 et 54)
2- Éduquer après les attentats, Philippe Meirieu, ESF, 2016 (Les extraits cités se trouvent p.29 et 53)
3- Les Émotions démocratiques – Comment former le citoyen du XXIè siècle ? , Martha Nussbaum, Flammarion, 2001

Soutenir, avec Libre comme Lire, des associations qui œuvrent pour que tous aient accès à la lecture.

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Lire à des tout-petits : 40 ans de cette belle histoire racontée par Juliette Campagne, qui en a écrit les premières pages, et d’autres encore

Il y a plus de quarante ans, Juliette Campagne, fondatrice de Lis avec Moi, a écrit le début d’une très belle histoire de la lecture à voix haute, dans le Nord-Pas-de-Calais puis dans toute la France. Juliette est maintenant membre active de Libre comme Lire, et c’est un grand honneur.

Elle nous raconte ici l’histoire de la lecture à voix haute aux tout-petits.

« Dans les années 1980 naissent des actions de lecture à voix haute auprès des petits et de leurs familles : travail de pionniers que l’on va retrouver dans d’autres régions, et qui sera très vite soutenu par les institutions. Au niveau national des enquêtes révèlent des chiffres alarmants concernant le taux d’illettrisme. Face à cela la Direction du Livre et de la lecture s’engage dès cette période dans une politique de prévention culturelle en direction de la petite enfance. En 1989 le Ministère de la culture et le Ministère des Affaires sociales et de la Solidarité décident de mettre en place une politique commune d’éveil culturel et artistique du jeune enfant. L’année suivante, un autre protocole d’accord est signé entre le Ministère de la Culture et le ministère de la justice pour lutter contre les exclusions en assurant la rencontre entre un public en difficulté et le champs culturel dans son ensemble.

A la même époque, des psychanalystes vont faire de la lutte contre les exclusions culturelles un combat prioritaire, et vont fonder l’association A.C.C.E.S. (Actions Culturelles Contre les Exclusions et les Ségrégations.) Déjà dès les années 1960, ATD Quart-Monde défend le droit à la culture pour tous et crée les premières bibliothèques de rue. 

Depuis plus de 35 ans associations, collectivités locales, structures de toute nature ont développé de multiples actions de lecture à voix haute. Des lecteurs vont à la rencontre des bébés et de leurs parents et proposent des moments de lecture pour répondre au besoin qu’ont les tout-petits d’échanges, de signes et de paroles qui vont lui permettre d’exister en tant que personne. La disponibilité de l’adulte participe à l’intérêt de l’enfant pour le livre. Le moment de partage est une expérience importante. Le plaisir qu’a l’enfant à regarder et écouter rejaillit sur le parent ; d’où l’importance de lire en sa présence pour qu’il découvre et s’émerveille des potentialités extraordinaire de son enfant. Il s’agit pour l’essentiel de lutter contre un déterminisme social, source de tant d’inégalités. Certains enfants parlent comme dans les livres, d’autres, beaucoup d’autres, sont démunis, privés d’accès au symbolique, à l’imaginaire.

Sans nier l’importance de la langue du quotidien, marquée par l’utilitaire et le factuel, néanmoins porteuse d’émotion mais pauvre en syntaxe avec une dominante de l’impératif, l’accès à la littérature est une priorité culturelle dont l’essentiel est que les textes écrits ont un sens, une multitude de sens. Face à l’appauvrissement du vocabulaire et de la syntaxe chez un grand nombre d’enfants au point que certains albums et de longues histoires leur sont inaccessibles, enseignants, bibliothécaires et lecteurs ont à cœur de transmettre à travers la lecture à voix haute une langue riche en trouvailles linguistiques et esthétiques. Les difficultés en lecture sont dues trop souvent à des déficits au niveau du langage. D’où l’importance de nourrir les enfants dès le plus jeune âge et avant l’école maternelle de lectures d’albums riches de poésie et d’humour avec une grande diversité de niveaux de langues qui vont les soutenir et les encourager dans les apprentissages.

De nombreux relais professionnels et bénévoles assurent une continuité avec beaucoup de vaillance  et d’humilité, trop sans doute ! Et pourtant nous savons que les enfants nourris d’histoires apprennent pour la plupart à lire sans difficultés. Nous avons appris aussi  grâce à l’apport des neuro sciences et de la neuro image en particulier, que chez le tout-petit à qui on lit des histoires, l’activation neuronale est plus élevée dans une zone très localisée de l’hémisphère gauche du cerveau. Et c’est cette zone précisément qui est sollicitée quand l’enfant apprend à lire.

En 2004 Lis avec moi  au sein de l’Association départementale du Nord et d’autres associations pionnières vont créer l’agence nationale « Quand les livres relient » sous l’impulsion de la Fondation du Crédit Mutuel pour la lecture. Son objectif est de partager un engagement et une réflexion sur les pratiques de lecture à voix haute, essentiellement à partir d’albums, ou «  littérature d’enfance ».

Associer temps de lecture et formation, effectuer des allers et retours entre théorie et pratique, découvrir, porter un regard critique et échanger sur la littérature d’enfance, se former à la lecture à voix haute, ces temps de questionnement permettent de créer des situations de lecture susceptibles d’émouvoir enfants et adultes les plus éloignés des livres.

Si la lecture à voix haute a été longtemps une activité privée, les lecteurs lisent maintenant dans les lieux les plus insolites, à des personnes de tous âges, des bébés aux personnes âgées. Et également à des enfants et adultes en difficulté avec la lecture et l’écriture. A ceux-là les lecteurs vont proposer d’aller lire à d’autres mais il leur faudra travailler le choix des livres et leur analyse pour mieux les comprendre et aussi d’aborder la lecture à voix haute de façon plus sensible en travaillant la ponctuation et l’interprétation. Il s’agit de faire de belles lectures aux enfants comme aux personnes âgées. 

La lecture est souvent considérée comme un exercice solitaire et silencieux alors que la lecture à voix haute s’adresse à l’autre, grâce à une mise en voix d’un texte écrit, immuable, une œuvre à part entière. La particularité de l’album est  de proposer à la fois des histoires mais aussi des images qui sont comme une initiation à l’art .Le rapport texte-image ajoute à la lecture une autre complexité et une richesse d’interprétation.

 Certains albums se prêtent à une lecture délicate, intime, d’autres nécessitent une lecture plus engagée, non pas une lecture théâtrale ou déclamatoire mais une lecture capable d’exprimer toutes les nuances des émotions ressenties, une lecture qui se prête au jeu, et donne une résonnance au texte sans le gorger d’une trop grande présence  

Les besoins restent immenses, les difficultés des publics et le taux d’illettrisme toujours terriblement actuels mais les nombreux effets repérés (passion des petits pour les livres, réconciliation des enfants et des adultes avec l’écrit) nous imposent de poursuivre ce travail modeste mais indispensable et riche d’humanité. » 

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“Arrête ! Tu triches le livre !” ou Pourquoi lire à voix haute à de jeunes enfants est une activité exigeante.

À Libre comme Lire, nous défendons l’idée que les adultes qui lisent à voix haute des albums, et notamment à de tout jeunes enfants, doivent être formés. Cela peut paraitre un brin étrange, et on pourrait penser qu’être gentil avec les enfants et savoir lire est suffisant, alors, pourquoi cette exigence de formation ?
Pour vous l’expliquer, en partie du moins, commençons par une anecdote bien réelle, une situation qu’a surprise Dominique, responsable de notre comité de validation…

Elia, quatre ans bientôt, est un lecteur attentif et gourmand. Son oncle bienveillant et disponible voit atterrir sur ses genoux une belle pile d’albums. « Tu me lis ? ». Elmer, Pomelo, Tyranno le terrible et quelques autres sont également convoqués.

La lecture commence, se poursuit, se prolonge… Soudain, une interruption brutale : « Arrête, tu triches le livre ! »

Le tonton pris sur le fait reconnaîtra qu’il vient de passer, peut-être, quelques mots du texte. Au petit indigné, il jura qu’on ne l’y prendrait plus !


Au-delà de l’anecdote, délicieuse, qu’est-ce qui se joue là, pour Élia, son tonton et… la lecture ? 

“Tricher le livre”, un délit assez fréquent

Le tonton est bien gentil ! Il accepte de lire, de relire, un livre, un autre et encore un autre, à son petit neveu qui semble insatiable. Bon, certes, c’est un vilain, il “triche le livre”, mais peut-être a-t-il droit à un peu d’indulgence ? C’est que, sans doute, ça devenait un peu long cette séance de lecture !
Et puis, il n’est pas le seul adulte lecteur à voix haute pour des petits qui “triche le livre” ! Lui a sauté quelques mots, d’autres inventent carrément une histoire chaque fois différente en s’appuyant sur les illustrations, pour éviter de se lasser, d’autres encore croient bien faire en remplaçant un mot qu’ils jugent trop difficile par un autre, plus simple. Et tous “trichent le livre” ! Comment ?
En ne respectant pas scrupuleusement le texte écrit. En outrepassant leurs droits de lecteur et en se substituant à l’auteur. À cet auteur qui, si l’on parle bien de “littérature” de jeunesse – et sans doute plus encore d’album, au texte si rare, – à cet auteur donc, qui a choisi chaque mot, soigneusement. Pour l’écho plus ou moins lointain qu’il suscite avec telle comptine, ou telle formule rituelle, pour sa beauté ou sa trivialité, pour sa sonorité…
Certes, certes, mais nous pourrions avoir affaire à un lecteur-interprète talentueux, autant que l’auteur, à un tonton plein de génie, et où serait alors la perte ?

Permanence du texte et plaisir du lecteur

Eh bien ce que l’on perd à coup sûr, lorsque l’on “triche le livre”, c’est la permanence du texte. Le fait que l’on peut lire vingt fois le même texte, que vingt personnes différentes peuvent lire le même texte, les mots seront toujours les mêmes, dans le même ordre, au même endroit sur la page. Cela ne veut pas dire qu’aujourd’hui je comprendrai le livre de la même façon qu’il y a dix ans, ou que je le comprendrai, moi, comme vous le comprendrez, vous. Non. La permanence du texte ne s’oppose en rien à la liberté du lecteur, à sa tâche, indispensable, de co-construction du livre. Et c’est bien pour cela qu’il faut faire confiance au texte, qu’on n’a pas le droit de changer – cela fait partie du pacte de lecture qu’on accepte dès lors qu’on ouvre le livre – mais qui nous permettra des lectures infinies.
Oui, bon, tricher un peu, jouer avec le pacte, est-ce si grave ? Si Élia est indigné, c’est qu’il a bien compris le principe de la permanence du texte. Quand il met ce livre, qu’il a déjà lu des dizaines de fois, sur les genoux de son oncle, il espère bien réentendre une nouvelle fois cette histoire qu’il connait par coeur, exactement comme il l’attend, exactement comme il la connait déjà. Pour la retrouver. Pour retrouver les émotions qu’il a déjà éprouvées et qu’il a envie de revivre encore. Rire, trembler, s’indigner, avoir peur… juste le temps de la lecture. Jusqu’à ce que le livre se ferme. Et recommencer. Alors si son tonton “triche le livre”, il est déçu ! Voire même il ressent une forme de trahison.

Permanence du texte et apprentissage de la lecture

Et pour les enfants moins grands lecteurs que notre petit Élia, que se passe-t-il quand on “triche le livre” ? Je pense à cette enquête auprès d’enfants de CP qui avaient du mal à entrer dans la lecture (je ne me rappelle plus la source exacte de cette enquête, malheureusement, et je la restitue d’après mes souvenirs). On leur demandait : “Comment fait la maitresse, pour lire ?” Et certains enfants répondaient : “Elle connait par cœur tous les livres.” ou “Elle invente toutes les histoires.”. En fait, ce qui se joue quand un adulte lit à un enfant qui ne sait pas encore lire, c’est la construction d’une pré-conception de l’acte de lire. Et c’est très important, car c’est à partir de ses pré-conceptions que l’enfant va apprendre à lire. Comment orienter efficacement son apprentissage de la lecture si on croit qu’il faut imaginer l’histoire ? ou l’apprendre par coeur ?

De la nécessité de former les lecteurs à voix haute

Ça peut paraitre idiot, mais c’est important de ne pas sauter de mots, de ne pas changer les mots, de regarder le livre quand on lit, pour montrer que c’est là que se trouve le texte, et pas dans la tête du lecteur. Cela veut dire que la façon de lire aux enfants n’est pas indifférente. Que  les petites négligences, ou même les bonnes intentions, peuvent faire naitre des conceptions-obstacles à l’apprentissage de la lecture. Et donc, qu’il est important, quand on lit aux enfants, d’avoir un peu les idées claires sur ce qui se joue, au cours d’une lecture à voix haute –  et nous n’en avons abordé qu’une infime partie, dans cet article qui ne fait que déplier une anecdote. Et donc, il faut former les lecteurs. Car non, savoir lire, être gentil et plein de bonne volonté ne suffisent pas. C’est pourquoi nous sommes très vigilants, à Libre comme Lire, à la formation des bénévoles qui interviennent dans les différentes associations que nous soutenons. C’est un critère très important pour notre comité de validation. Et c’est pourquoi, également, nous tenons à proposer aux donateurs et aux mécènes de financer des actions de formation. 

La formation des lecteurs sur Libre comme Lire

Découvrez en quelques mots comment les associations forment leurs bénévoles
Retrouvez les actions de formation proposées par les associations de Libre comme Lire
Découvrez LEO, une association qui a pour objet principal la formation des lecteurs à voix haute.
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La Balade des Livres offre à des femmes d’origine étrangère une bulle pour se ressourcer

Tant de vertus de la lecture ont déjà été mises en avant à travers les associations soutenues par Libre comme Lire… Y en aurait-il d’autres, encore, à souligner ? Eh oui ! Toujours ! Tant il est vrai que la lecture est source de richesses infinies.
Avec La Balade des Livres, association de Rennes qui vient de rejoindre Libre comme Lire, la lecture se présente comme une bulle apaisante dans un temps pour soi.

Que la lecture soit un vecteur d’apprentissage, c’est ce que nous rappelle le travail de Mots et Merveilles, les Clubs Coup de Pouce ou encore les projets d’écriture en milieu scolaire. Que la lecture soit une porte d’accès indispensable à l’autonomie, c’est ce que nous rappellent les associations travaillant pour les personnes handicapées, comme la Bibliothèque sonore ou Signes des Sens. Que le lecture soit un moyen puissant de créer du lien et du partage, c’est ce que nous rappellent les lectures intergénérationnelles de Lire et faire lire, les lectures partagées parents-enfants de maternelles promues par Co-LECTIF, les lectures apportées chez elles aux personnes âgées isolées par Chapitre 2 ou encore le camion-bibliothèque de l’ASET qui va dans les camps spontanés des gens du voyage. Que la lecture soit source de joie, de spectacle, d’émerveillement, de féérie, c’est ce qui sous-tend tous les projets de Perluette… Que de richesses, déjà !

La Balade des Livres nous invite, avec son projet Cuirasse et Dentelle, à apprécier un autre aspect de la lecture : cette capacité qu’a la lecture de nous extraire de nos soucis quotidiens, de la grisaille qui nous environne, de cet ici et maintenant qui peut être rude parfois, pour nous transporter, loin, ailleurs, dans un autre monde, un autre univers, ou même au plus profond de nous, nous connecter à d’autres émotions, nous faire vivre ou retrouver d’autres sensations… Bien sûr cet arrachement n’a qu’un temps, et sortis de la lecture, les soucis peuvent nous assaillir à nouveau, mais pour autant nous ne ressortons pas tout à fait les mêmes de ces petites bulles dans lesquelles nous nous sommes glissés avec un livre. Plus apaisés, revigorés, fortifiés par ces possibilités aperçues, accompagnés par les personnages rencontrés, inspirés par leurs histoires.

C’est cette expérience là, familière aux lecteurs fervents, que La Balade des Livres se propose de faire vivre à douze femmes qui en ont particulièrement besoin. Des femmes primo-arrivantes en situation fragile, qui portent bien des tracas, bien des responsabilités, et qui ont bien besoin d’être accompagnées un peu pour pouvoir se dire qu’elles ont droit de s’arrêter un peu, de penser à elle, d’oublier, de rêver. Qu’elles ont droit à un peu de lecture.

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Il y a mille et une façons de donner à lire ! Libre comme Lire soutient l’opération du Secours populaire.

Il y a mille et une façons de donner à lire, et Libre comme Lire vous en présente de très diverses en vous faisant connaitre le travail des associations de promotion de la lecture. Aujourd’hui, nous sommes heureux de relayer l’initiative du Secours populaire qui nous propose, à tous, d’offrir un livre à un enfant.

DU 16 octobre au 20 novembre, les Librairies Indépendantes et le Secours populaire lancent la 6e édition de « Donnez à lire » pour offrir des livres jeunesse aux enfants et adolescents démunis. Le principe est très simple : vous vous achetez un livre jeunesse que vous confiez à votre libraire qui le remettra au Secours populaire qui l’offrira à un enfant suivi par l’association ou un adolescent qui n’en a pas ou trop peu.

En 2020, et malgré un contexte particulièrement difficile, 15 000 livres avaient été ainsi collectés par 400 librairies, puis offerts à des enfants accompagnés par le Secours populaire.

Une bonne raison d’aller faire un tour chez son libraire indépendant préféré !

Retrouver l’opération Donnez à lire du Secours populaire
Découvrir d’autres façons de donner à lire, avec Libre comme Lire