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Lis avec Moi, le début de l’histoire

Il y a plus de quarante ans, Juliette Campagne, fondatrice de Lis avec Moi, a écrit le début d’une très belle histoire de la lecture à voix haute, dans le Nord-Pas-de-Calais puis dans toute la France. Et c’est dans le prolongement de cette aventure qu’est née celle de Libre comme Lire. C’est pourquoi nous vous présentons cette association pionnière avec une émotion toute particulière.

Et laissons Juliette vous raconter elle-même cette belle histoire.

« Dans les années 1980 naissent des actions de lecture à voix haute auprès des petits et de leurs familles : travail de pionniers que l’on va retrouver dans d’autres régions, et qui sera très vite soutenu par les institutions. Au niveau national des enquêtes révèlent des chiffres alarmants concernant le taux d’illettrisme. Face à cela la Direction du Livre et de la lecture s’engage dès cette période dans une politique de prévention culturelle en direction de la petite enfance. En 1989 le Ministère de la culture et le Ministère des Affaires sociales et de la Solidarité décident de mettre en place une politique commune d’éveil culturel et artistique du jeune enfant. L’année suivante, un autre protocole d’accord est signé entre le Ministère de la Culture et le ministère de la justice pour lutter contre les exclusions en assurant la rencontre entre un public en difficulté et le champs culturel dans son ensemble.

A la même époque, des psychanalystes vont faire de la lutte contre les exclusions culturelles un combat prioritaire, et vont fonder l’association A.C.C.E.S. (Actions Culturelles Contre les Exclusions et les Ségrégations.) Déjà dès les années 1960, ATD Quart-Monde défend le droit à la culture pour tous et crée les premières bibliothèques de rue. 

Depuis plus de 35 ans associations, collectivités locales, structures de toute nature ont développé de multiples actions de lecture à voix haute. Des lecteurs vont à la rencontre des bébés et de leurs parents et proposent des moments de lecture pour répondre au besoin qu’ont les tout-petits d’échanges, de signes et de paroles qui vont lui permettre d’exister en tant que personne. La disponibilité de l’adulte participe à l’intérêt de l’enfant pour le livre. Le moment de partage est une expérience importante. Le plaisir qu’a l’enfant à regarder et écouter rejaillit sur le parent ; d’où l’importance de lire en sa présence pour qu’il découvre et s’émerveille des potentialités extraordinaire de son enfant. Il s’agit pour l’essentiel de lutter contre un déterminisme social, source de tant d’inégalités. Certains enfants parlent comme dans les livres, d’autres, beaucoup d’autres, sont démunis, privés d’accès au symbolique, à l’imaginaire.

Sans nier l’importance de la langue du quotidien, marquée par l’utilitaire et le factuel, néanmoins porteuse d’émotion mais pauvre en syntaxe avec une dominante de l’impératif, l’accès à la littérature est une priorité culturelle dont l’essentiel est que les textes écrits ont un sens, une multitude de sens. Face à l’appauvrissement du vocabulaire et de la syntaxe chez un grand nombre d’enfants au point que certains albums et de longues histoires leur sont inaccessibles, enseignants, bibliothécaires et lecteurs ont à cœur de transmettre à travers la lecture à voix haute une langue riche en trouvailles linguistiques et esthétiques. Les difficultés en lecture sont dues trop souvent à des déficits au niveau du langage. D’où l’importance de nourrir les enfants dès le plus jeune âge et avant l’école maternelle de lectures d’albums riches de poésie et d’humour avec une grande diversité de niveaux de langues qui vont les soutenir et les encourager dans les apprentissages.

De nombreux relais professionnels et bénévoles assurent une continuité avec beaucoup de vaillance  et d’humilité, trop sans doute ! Et pourtant nous savons que les enfants nourris d’histoires apprennent pour la plupart à lire sans difficultés. Nous avons appris aussi  grâce à l’apport des neuro sciences et de la neuro image en particulier, que chez le tout-petit à qui on lit des histoires, l’activation neuronale est plus élevée dans une zone très localisée de l’hémisphère gauche du cerveau. Et c’est cette zone précisément qui est sollicitée quand l’enfant apprend à lire.

En 2004 Lis avec moi  au sein de l’Association départementale du Nord et d’autres associations pionnières vont créer l’agence nationale « Quand les livres relient » sous l’impulsion de la Fondation du Crédit Mutuel pour la lecture. Son objectif est de partager un engagement et une réflexion sur les pratiques de lecture à voix haute, essentiellement à partir d’albums, ou «  littérature d’enfance ».

Associer temps de lecture et formation, effectuer des allers et retours entre théorie et pratique, découvrir, porter un regard critique et échanger sur la littérature d’enfance, se former à la lecture à voix haute, ces temps de questionnement permettent de créer des situations de lecture susceptibles d’émouvoir enfants et adultes les plus éloignés des livres.

Si la lecture à voix haute a été longtemps une activité privée, les lecteurs lisent maintenant dans les lieux les plus insolites, à des personnes de tous âges, des bébés aux personnes âgées. Et également à des enfants et adultes en difficulté avec la lecture et l’écriture. A ceux-là les lecteurs vont proposer d’aller lire à d’autres mais il leur faudra travailler le choix des livres et leur analyse pour mieux les comprendre et aussi d’aborder la lecture à voix haute de façon plus sensible en travaillant la ponctuation et l’interprétation. Il s’agit de faire de belles lectures aux enfants comme aux personnes âgées. 

La lecture est souvent considérée comme un exercice solitaire et silencieux alors que la lecture à voix haute s’adresse à l’autre, grâce à une mise en voix d’un texte écrit, immuable, une œuvre à part entière. La particularité de l’album est  de proposer à la fois des histoires mais aussi des images qui sont comme une initiation à l’art .Le rapport texte-image ajoute à la lecture une autre complexité et une richesse d’interprétation.

 Certains albums se prêtent à une lecture délicate, intime, d’autres nécessitent une lecture plus engagée, non pas une lecture théâtrale ou déclamatoire mais une lecture capable d’exprimer toutes les nuances des émotions ressenties, une lecture qui se prête au jeu, et donne une résonnance au texte sans le gorger d’une trop grande présence  

Les besoins restent immenses, les difficultés des publics et le taux d’illettrisme toujours terriblement actuels mais les nombreux effets repérés (passion des petits pour les livres, réconciliation des enfants et des adultes avec l’écrit) nous imposent de poursuivre ce travail modeste mais indispensable et riche d’humanité. » 

C’est parce que nous avons bénéficié du travail très riche de Lis avec Moi mais aussi perçu ses difficultés, parfois, de financement, que nous avons créé Libre comme Lire : pour soutenir toutes les associations qui, comme Lis avec Moi, partagent avec tous le trésor de la lecture, avec générosité et exigence. Alors, merci à Juliette et à Lis avec Moi pour cette impulsion. Puisse-t-elle emporter loin Libre comme Lire et toutes les associations soutenues !

Découvrir l’association Lis avec Moi sur Libre comme Lire

Découvrir comment Lis avec Moi a été à l’origine, sans le savoir, du projet de Libre comme Lire

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